Le réveil des racines (nouvelle par Marie-Jo)

Ma petite grand-mère,

Je suis impatient de te raconter l’aventure que j’ai vécu, à toi qui a toujours été ma confidente. En me racontant des anecdotes sur mes aïeuls, tu as réveillé ma curiosité pour le passé et elle s’est faite pressante. Je me suis donc rendu au musée des A.T.P, d’un pas alerte.

C’était le jour du Carnaval, les enfants des écoles parcouraient les rues en riant, et j’ai croisé des ninjas, des cow-boys, et même des princesses. Les confettis volaient au grès du vent.

Après avoir acquitté le droit d’entrée, je pénétrais dans la première salle sans trop y prêter attention, mon but était de parvenir à l’étage, dans la salle réservée en partie à l’apiculture.

Devant les vitrines, je redevenais petit garçon, j’entendais ta voix me raconter les gestes du grand-père, je pouvais entendre le bruissement des abeilles, l’odeur des aiguilles de pins brulées pour les enfumer. J’étais ailleurs, avec lui , près de ses ruches. Je touchais tous ses outils, je connaissais leur usage sans jamais l’avoir vu, lui, s’en servir! Un bouffée de chagrin comme seul les enfants peuvent en ressentir, m’envahit, je refoulais mes larmes. J’aurais eu tant de choses à partager avec lui !

Je me tournais vers la vitrine voisine où trônait un berger, son deuxième métier. Il installait les ruches à la montagne avant la transhumance et lorsqu’il remontait avec les moutons, les abeilles avaient commencé leur travail.
Je détaillais les pauvres vêtements du pâtre lorsque un vent venu on sait d’où, souleva la houppelande. Interloqué, je me posais des questions: ai-je rêvé? Mais elle se souleva une seconde fois, mon cœur battait très fort, je ne comprenais pas…

Un couple de touriste me regardait bizarrement…

Toujours figé, je fixais cette cape mitée, d’une couleur de terre, attendant qu’elle remue une dernière fois mais elle restait immobile. Déçu j’allais partir quand un long hurlement de loup me glaça le sang, il dura longtemps, il était puissant. Je restais immobile un grand moment, paralysé, incapable de faire un pas.

Les touristes me parlaient, je ne les entendais pas, que me disaient ils ?
En proie à des idées contradictoires, je passais à la salle suivante.

Des santons accusant leur âge et leurs usages étaient là, sur des étagères, rangés en rang d’oignons, se prêtant aux regards. Je jetais un coup d’œil rapide aux globes protégeant des Jésus en cire.

Puis je la vis, elle était là resplendissante: la Vierge et l’Enfant. Une peinture très ancienne, aux couleurs estompées ou trop passées, salies par le temps… Je rencontrais son regard bienveillant. Ses traits se détendaient, elle me souriait… Une grande paix m’habitait, j’étais bien , je ressentais de l’amour… Je n’était pas fou, j’en étais sûr…

Je décidais de cesser là ma visite, j’étais épuisé. En passant devant une autre vitrine, je me regardais, j’avais les cheveux ébouriffés, le col de la chemise grand ouvert, l’écharpe qui pendait lamentablement autour de mon cou.

Je passais devant l’échoppe du cordonnier, bien décidé à ne pas m’arrêter mais des cris me parvenaient…Je m’approchais avec précaution…des hommes en habits de gueux , un couteau à la main, lacéraient le cordonnier qui gémissait. Les godillots tombaient de la petite table, la colle fumait sur le poêle a sciure. Sur la chemise de l’artisan, une tâche de sang grandissait… Je criais sans doute. J’ai entendu mon cri… puis tout redevint normal, comme si rien ne s’était passé… les chaussures étaient à leur place attendant les clous et le marteau, la colle avait besoin d’un peu de chaleur pour retrouver son utilité.

L’air frais de la rue me ramenait doucement à la réalité, je ne savait plus si tout cela avait vraiment eu lieu. Je déambulais un moment dans les rues pour m’éclaircir les idées.

Je pensais à toi , à tes récits sur la famille, j’y trouvais des similitudes…Je ne voulais pas admettre ce qui m’arrivais, pourtant je savais …mes dons de médium, héritage familial, m’avaient rattrapés. Ces vieux murs, ancien berceau de notre famille, m’ont fait vivre une page de notre histoire.

Je retournerais au musée et cette fois c’est moi qui te conterais des histoires…
Je t’embrasse.

Ton petit-fils.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*